Depuis une dizaine d'années, une partie de la vulgarisation médicale en France se joue aussi sur YouTube. Des médecins en exercice y consacrent une partie de leur temps libre pour expliquer une pathologie, déconstruire une idée reçue ou raconter leur quotidien hospitalier. Loin d'être un simple loisir, cette activité s'inscrit désormais dans une réflexion plus large sur la place des professionnels de santé dans l'espace numérique, au point qu'une charte destinée à encadrer les « médecins-YouTubeurs » a vu le jour début 2025. Ce mouvement, encore marginal il y a dix ans, s'est structuré autour de quelques figures reconnues qui partagent un même point de départ : un exercice médical réel, en cabinet ou à l'hôpital, complété par une activité de création de contenu construite sur la durée plutôt que sur des vidéos ponctuelles.
En bref
- Corentin Lacroix, médecin généraliste près de Nantes, anime depuis 2016 la chaîne WhyDoc, récompensée notamment par l'Académie de médecine.
- François Morel, chirurgien maxillo-facial à Rouen, publie sous le nom de Primum Non Nocere des vidéos qui déconstruisent des idées reçues en médecine.
- Walid Mekeddem, médecin généraliste, a créé le personnage d'Aviscène dès ses études pour raconter son quotidien d'étudiant puis de jeune médecin.
- Une charte publiée début 2025 invite notamment les médecins créateurs de contenu à s'identifier clairement avec leur titre de docteur.
WhyDoc, la vulgarisation au service des patients
Corentin Lacroix exerce comme médecin généraliste à Vertou, près de Nantes. En 2016, il lance WhyDoc, une chaîne YouTube sur laquelle il explique en une quarantaine de vidéos des sujets aussi variés que le rhume, le diabète, les allergies ou encore la vasectomie. Son objectif affiché : rendre la médecine accessible au plus grand nombre et lutter contre la désinformation en santé, sans financement de l'industrie pharmaceutique. Ce travail lui a valu plusieurs prix, dont une distinction de l'Académie de médecine. Ses vidéos, dont le rythme de publication reste volontairement modéré pour préserver leur qualité, connaissent une audience croissante au fil des années : de l'ordre de quelques milliers de vues quotidiennes aujourd'hui, contre quelques centaines seulement à ses débuts.
« Depuis que j'alterne avec YouTube, je suis toujours content d'aller au cabinet. »
— Corentin Lacroix (WhyDoc), à propos de l'équilibre entre son activité de généraliste et la création de contenu.
Primum Non Nocere, un chirurgien qui déconstruit les idées reçues
François Morel est chirurgien maxillo-facial à Rouen. Sous le nom de sa chaîne, Primum Non Nocere — une référence au principe médical latin « d'abord, ne pas nuire » —, il propose des vidéos de vulgarisation sur des sujets médicaux simples, étonnants ou parfois plus sensibles, avec l'ambition de rendre la médecine compréhensible sans la déformer. Son statut de chirurgien en exercice lui permet d'aborder aussi bien des questions de médecine générale que des sujets plus techniques liés à sa spécialité. Le nom même de sa chaîne, emprunté au principe déontologique fondateur de la médecine, résume assez bien sa ligne éditoriale : informer sans jamais promettre de solution miracle, et rappeler régulièrement les limites de ce qu'une vidéo peut raisonnablement expliquer.
Aviscène, le regard d'un jeune médecin sur ses études et son métier
Walid Mekeddem crée le personnage d'Aviscène dès sa cinquième année de médecine, pour raconter son quotidien d'étudiant en stage hospitalier. Devenu médecin généraliste, il poursuit son activité de créateur de contenu sur YouTube, où il partage des vidéos seul ou avec d'autres professionnels de santé, mêlant vulgarisation médicale et récit de son expérience de jeune praticien. Son parcours illustre une trajectoire assez fréquente chez les médecins-créateurs de contenu : une activité commencée pendant les études, qui se poursuit ensuite en parallèle de l'exercice professionnel. Coauteur d'un ouvrage consacré aux études de médecine, il a aussi contribué, au-delà de ses vidéos, à donner aux futurs étudiants un aperçu plus concret du quotidien d'un externe puis d'un interne, un sujet souvent mal connu avant l'entrée dans le cursus.
Pourquoi ces médecins choisissent-ils de se filmer ?
Ces trois praticiens partagent un même constat : une partie importante de l'information médicale que reçoivent les patients aujourd'hui passe par internet, qu'elle soit fiable ou non. En proposant eux-mêmes du contenu vérifié, ils espèrent occuper ce terrain plutôt que de le laisser à des sources moins rigoureuses. Cette activité reste cependant encadrée par la déontologie médicale, qui impose notamment de préserver le secret médical et de ne pas transformer la vidéo en support publicitaire déguisé, des règles précisées par la charte publiée début 2025 à destination des médecins créateurs de contenu. Cette charte encourage notamment une plus grande transparence sur les sources utilisées pour construire chaque vidéo, ainsi qu'une distinction claire entre contenu d'information générale et toute forme de partenariat commercial, un point sensible dans un secteur où la confiance du public reste la principale valeur ajoutée de ces créateurs. Elle encourage aussi les praticiens créateurs de contenu à rappeler systématiquement, en début ou en fin de vidéo, que leurs explications ne remplacent pas une consultation, une précaution qui protège autant le public que les auteurs eux-mêmes.
Pour les lycéens qui envisagent des études de médecine, ces chaînes constituent aussi une source accessible pour découvrir concrètement le métier avant de se lancer. Notre page comment devenir médecin complète cette découverte par un panorama plus classique des études de santé, et notre article sur les médecins présents sur TikTok prolonge ce panorama vers un autre format de vidéo. Que l'on se destine finalement à la médecine générale, à la chirurgie ou à toute autre spécialité, regarder quelques vidéos de ces praticiens reste un bon moyen de mesurer, avant même l'entrée en études de santé, la diversité des situations cliniques auxquelles un médecin peut être confronté au quotidien.






