Derrière chaque avancée médicale se trouve souvent un professeur qui a formé toute une génération de praticiens. En France, le titre de professeur de médecine désigne un enseignant-chercheur hospitalo-universitaire, qui partage son temps entre la clinique, la recherche et la transmission. Certains d'entre eux ont si profondément marqué leur discipline que leur nom est devenu synonyme d'une méthode ou d'une école de pensée. Trois portraits, d'hier et d'aujourd'hui, permettent de comprendre ce que recouvre ce rôle.
En bref
- Claude Bernard (1813-1878) a fondé la médecine expérimentale moderne et introduit la notion de « milieu intérieur », à la base de la physiologie actuelle.
- Jean-Martin Charcot (1825-1893), professeur à la Faculté de médecine de Paris, a fondé la neurologie clinique moderne à la Salpêtrière et formé plusieurs générations de médecins.
- Karine Lacombe, professeure d'infectiologie à Sorbonne Université, dirige un service hospitalier parisien et s'est fait connaître du grand public pendant la crise du Covid-19.
- Le métier de professeur de médecine associe recherche, enseignement et pratique clinique quotidienne.
Claude Bernard, le fondateur de la médecine expérimentale
Physiologiste et médecin, Claude Bernard a profondément transformé la manière de faire de la médecine une science. Il défend l'idée que la clinique ne suffit pas : il faut aussi expérimenter, c'est-à-dire provoquer des phénomènes en laboratoire pour comprendre les mécanismes du vivant plutôt que de se contenter de les observer passivement. Cette approche est exposée dans son ouvrage de référence, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale (1865), qui reste encore aujourd'hui étudié comme un texte fondateur de l'épistémologie médicale.
« L'observation montre et l'expérience instruit. »
— Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale.
Sa notion de « milieu intérieur », c'est-à-dire l'idée que l'organisme maintient activement un équilibre interne stable malgré les variations de son environnement, est aujourd'hui considérée comme l'un des socles conceptuels de la physiologie moderne. Ce principe irriguera, bien après lui, des pans entiers de la médecine, de l'endocrinologie à la réanimation, qui reposent tous sur l'idée que l'organisme cherche à maintenir certains équilibres internes malgré la maladie.
Jean-Martin Charcot, le fondateur de la neurologie moderne
Professeur à la Faculté de médecine de Paris, Jean-Martin Charcot exerce à l'hôpital de la Salpêtrière, où une chaire de « pathologie des maladies du système nerveux » est créée pour lui en 1882. Il y organise ce qui deviendra la plus grande clinique de neurologie d'Europe à son époque, où il décrit et classe de nombreuses maladies neurologiques à partir de l'observation clinique minutieuse de ses patients, complétée par des examens post-mortem.
Son enseignement attire des médecins venus de toute l'Europe, dont le jeune Sigmund Freud, qui suivra ses cours à Paris avant de développer ses propres théories. Cette capacité à former des générations de praticiens, au-delà de ses propres découvertes, est l'une des marques des grands professeurs de médecine : leur héritage se prolonge à travers leurs élèves.
Le nom de Charcot reste par ailleurs directement associé à plusieurs maladies neurologiques qu'il a décrites ou étudiées de façon approfondie, au point que certaines portent aujourd'hui encore son nom dans le langage médical courant. Cette méthode de travail, fondée sur l'observation clinique répétée et la corrélation avec les lésions anatomiques observées après la mort du patient, deviendra un modèle pour l'ensemble de la neurologie moderne, en France comme à l'étranger.
Karine Lacombe, une professeure engagée dans la santé publique contemporaine
Formée à Paris, Karine Lacombe est professeure d'infectiologie à la Faculté de santé de Sorbonne Université et dirige le service des maladies infectieuses de l'hôpital Saint-Antoine à Paris depuis 2019 ; elle a été la première femme à diriger un tel service dans un centre hospitalier universitaire de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Spécialiste du VIH et des hépatites virales, elle a acquis une large visibilité publique à partir de 2020, lorsqu'elle est devenue l'une des voix régulièrement sollicitées par les médias pour expliquer l'épidémie de Covid-19 et ses enjeux, un rôle qui a aussi nourri des débats sur la place des experts scientifiques dans l'espace public. Sa carrière hospitalo-universitaire, commencée par un internat parisien puis un doctorat en épidémiologie consacré à la co-infection VIH-hépatite B, illustre un parcours classique de professeure de médecine : plusieurs années de recherche avant l'obtention du titre de professeure, en 2016, puis la responsabilité d'un service hospitalier entier à partir de 2019.
Son parcours illustre une évolution du métier de professeur de médecine : à la recherche et à l'enseignement s'ajoute, pour certains, une dimension de médiation scientifique auprès du grand public, un sujet que nous développons dans notre panorama des médecins influents sur les réseaux sociaux.
Devenir professeur de médecine aujourd'hui
Le titre de professeur des universités-praticien hospitalier (PU-PH) sanctionne un double parcours, universitaire et hospitalier, qui s'ajoute aux années de formation initiale et de spécialisation. Pour un lycéen qui se demande à quoi ressemble concrètement ce chemin depuis le lycée, notre page comment devenir médecin présente les grandes étapes des études de santé en France.
Ce parcours reste, par nature, très sélectif : le nombre de postes hospitalo-universitaires est limité, et l'accès à un titre de professeur suppose souvent d'avoir publié régulièrement dans des revues scientifiques internationales, en plus d'assumer une charge clinique importante. C'est aussi ce qui explique pourquoi les grands professeurs de médecine, de Claude Bernard à Karine Lacombe, sont souvent des figures qui consacrent leur carrière entière à une seule discipline, quitte à devenir des références incontournables sur ce sujet précis, en France comme parfois au-delà.






