Infectiologue devenue voix publique, pédiatre rassurant les parents sur Instagram, kinésithérapeute suivi par plus d'un million d'abonnés : panorama des professionnels de santé français les plus influents sur les réseaux sociaux.

Au-delà des figures spécifiquement associées à YouTube ou à TikTok, une génération plus large de médecins et de professionnels de santé français s'est imposée sur les réseaux sociaux ces dernières années. Leurs profils sont variés : professeure hospitalo-universitaire devenue visage médiatique d'une crise sanitaire, jeune pédiatre qui répond aux inquiétudes des parents, ou kinésithérapeute devenu créateur de contenu à plein temps. Ce panorama donne un aperçu de cette diversité, qui dépasse largement le cadre des seuls comptes YouTube ou TikTok présentés dans nos deux articles dédiés à ces plateformes.

En bref

  • Karine Lacombe, professeure d'infectiologie, a acquis une forte visibilité publique pendant la crise du Covid-19, en plus de ses fonctions hospitalo-universitaires.
  • Jules Fougère, pédiatre urgentiste au CHU de Rouen, partage depuis 2019 des conseils pour les parents sous le compte @ped.urg, suivi par plusieurs centaines de milliers d'abonnés.
  • Grégoire Gibault, kinésithérapeute connu sous le nom de Major Mouvement, anime depuis 2019 une chaîne consacrée à la vulgarisation de la santé du mouvement, suivie par plus d'un million d'abonnés.
  • Ces profils montrent que l'influence en santé ne se limite pas aux médecins : elle concerne l'ensemble des professions de santé.

Karine Lacombe, une professeure devenue une voix publique de l'infectiologie

Professeure d'infectiologie à Sorbonne Université et cheffe du service des maladies infectieuses de l'hôpital Saint-Antoine à Paris, Karine Lacombe travaillait déjà depuis longtemps sur le VIH et les hépatites virales lorsque la pandémie de Covid-19 l'a placée, à partir de 2020, au cœur du débat public. Ses travaux ont notamment porté sur les déterminants de la fibrose hépatique liée à la co-infection par le VIH et le virus de l'hépatite B, un sujet de recherche qu'elle a poursuivi sur plusieurs années avant d'être davantage exposée au grand public. Sa parole d'experte, relayée sur les réseaux sociaux comme dans les médias traditionnels, illustre une évolution : celle de professeurs hospitalo-universitaires qui deviennent, sur certains sujets de santé publique, des interlocuteurs directs du grand public plutôt que de simples auteurs de publications scientifiques. Première femme à diriger un service de maladies infectieuses dans un centre hospitalier universitaire parisien de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, elle a aussi été conseillère experte auprès d'organisations internationales de santé, ce qui a nourri sa légitimité lorsqu'elle a pris la parole publiquement pendant la pandémie.

Jules Fougère (@ped.urg), rassurer les parents à l'ère des réseaux sociaux

Pédiatre urgentiste au CHU de Rouen, Jules Fougère crée son compte Instagram en 2019 pour partager des informations et des conseils pratiques destinés aux parents, sous une forme ludique et pédagogique. Son compte @ped.urg rassemble aujourd'hui plusieurs centaines de milliers d'abonnés sur Instagram et plusieurs dizaines de milliers sur TikTok. En 2024, il publie un livre destiné à aider les parents à mieux réagir face aux petits accidents et symptômes du quotidien. Le CHU de Rouen lui a par la suite proposé de produire du contenu sur les activités de l'hôpital et de former d'autres soignants à la vulgarisation sur les réseaux sociaux, signe que son expérience personnelle est désormais reconnue institutionnellement.

« Le but de mes vidéos, c'est donner des armes aux parents pour éviter qu'ils courent aux urgences au moindre problème. »

— Jules Fougère (@ped.urg), pédiatre urgentiste au CHU de Rouen.

Grégoire Gibault (Major Mouvement), vulgariser la kinésithérapie pour plus d'un million d'abonnés

Kinésithérapeute diplômé depuis 2010, Grégoire Gibault lance en mai 2019 le projet Major Mouvement, avec l'ambition de vulgariser la santé du mouvement et la kinésithérapie de façon accessible et ludique. Sa chaîne rassemble aujourd'hui plus d'un million d'abonnés, et il a également enseigné la thérapie manuelle en parallèle de son activité de création de contenu. Son parcours rappelle que l'influence en santé ne concerne pas uniquement les médecins : kinésithérapeutes, infirmiers ou sages-femmes contribuent eux aussi à cette vulgarisation. Son premier livre, consacré à des conseils simples pour préserver la santé du corps au quotidien, s'est écoulé à plus de 200 000 exemplaires, un signe que cette audience numérique se traduit aussi par un intérêt concret du public pour des conseils de santé pratiques et applicables au quotidien. Contrairement à un parcours de médecine, la formation initiale de kinésithérapeute est plus courte, ce qui n'a pas empêché Grégoire Gibault de bâtir l'une des audiences les plus importantes de tous les professionnels de santé français sur les réseaux sociaux, toutes professions confondues.

Une nouvelle génération de soignants-créateurs de contenu

Ce que ces trois parcours ont en commun, au-delà de leurs spécialités très différentes, c'est la volonté de rendre une expertise professionnelle accessible à un public large, souvent en dehors des canaux d'information médicale traditionnels. Cette évolution s'accompagne d'un débat sur les limites de l'exercice : un contenu de vulgarisation, aussi rigoureux soit-il, ne remplace jamais un avis individualisé, et les ordres professionnels rappellent régulièrement les règles déontologiques applicables à cette activité. Un autre point commun traverse ces parcours : la plupart de ces professionnels ont commencé leur activité de vulgarisation sans anticiper l'ampleur qu'elle allait prendre, en publiant d'abord pour un cercle restreint avant de constater, souvent avec surprise, l'appétit du public pour une information médicale accessible et incarnée par une personne identifiable, plutôt que par une institution anonyme.

Pour aller plus loin sur ce sujet, nos articles consacrés aux médecins présents sur YouTube et aux soignants actifs sur TikTok détaillent d'autres parcours emblématiques de cette tendance, tandis que notre page comment devenir médecin revient sur les étapes classiques des études de santé pour celles et ceux qui souhaitent, un jour, s'engager dans l'une de ces professions.

Questions fréquentes

Tous les influenceurs santé sont-ils médecins ?
Non. Le paysage des professionnels de santé influents sur les réseaux sociaux inclut des médecins de différentes spécialités, mais aussi d'autres professions de santé, comme les kinésithérapeutes à l'image de Grégoire Gibault, ou des infirmiers et sages-femmes.
Comment ces professionnels conjuguent-ils réseaux sociaux et exercice clinique ?
Dans les exemples présentés ici, l'activité clinique reste centrale : Karine Lacombe continue de diriger un service hospitalier, Jules Fougère exerce comme pédiatre urgentiste, et Grégoire Gibault a pratiqué la kinésithérapie en cabinet avant de se consacrer davantage à l'enseignement et à la création de contenu.
Quelles limites entourent l'influence en santé sur les réseaux sociaux ?
La principale limite est que ces contenus, même rigoureux, restent généraux et ne peuvent pas remplacer un avis médical individualisé. Les professionnels de santé restent par ailleurs soumis aux règles déontologiques de leur profession, y compris dans leur activité sur les réseaux sociaux.
Faut-il suivre des influenceurs santé pour bien s'informer ?
Ce n'est pas indispensable, mais suivre des comptes tenus par des professionnels de santé identifiables peut compléter utilement d'autres sources d'information fiables, à condition de garder un regard critique, de vérifier l'identité du professionnel qui s'exprime et de consulter un professionnel de santé pour toute question personnelle.
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